Ce texte éclaire notre théorie — l'humanité évolue vers la paix universelle, l'extase, l'amour absolu.→ Découvrir la Mécanique Universelle
Être ou ne pas être, telle est la question. Est-il plus noble pour l'âme de subir les coups et les flèches de la fortune outrageante, ou de prendre les armes contre une mer de douleurs, et de l'arrêter par une lutte à mort ? Mourir... dormir, rien de plus. Et, par ce sommeil, mettre fin aux maux du cœur et aux mille chocs naturels qui sont le lot de la chair. C'est là une conclusion qu'on devrait ardemment souhaiter. Mourir... dormir... Dormir ! peut-être rêver. Ah ! voilà l'obstacle : les rêves qui peuvent venir dans ce sommeil de la mort, quand nous nous sommes débarrassés de cette enveloppe mortelle, voilà de quoi nous arrêter.
Oh ! que cette chair trop solide veuille fondre, se dissoudre et se résoudre en rosée ! Ou que l'Éternel n'ait pas fixé ses lois contre l'acte du suicide ! Dieu ! Dieu ! que les actes du monde sont fastidieux, plats et inutiles !
Ce monde, ce monde est un jardin non défriché, laissé à l'abandon, et la graine monte dans toute sa grossièreté. Qu'il en devrait être autrement !
« Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, qu'il n'en est rêvé dans ta philosophie. »— William Shakespeare, Hamlet, Acte I, scène 5
Car qui pourrait supporter les fouets et les dédains du siècle, les torts de l'oppresseur, les rebuffades de l'orgueilleux, les souffrances de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence des grands, les injustices que la patience méritante reçoit des indignes, quand celui qui en souffre pourrait régler son compte avec un simple poignard ? Qui voudrait porter ces fardeaux, gémir et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, cette région non découverte dont nul voyageur n'est revenu, ne troublait la volonté et ne nous faisait préférer les maux que nous avons à d'autres dont nous ne savons rien ?
Notre divertissement est maintenant terminé. Ces acteurs, comme je vous l'ai dit, étaient tous des esprits et se sont dissipés dans l'air, dans l'air impalpable. Et comme ce spectacle sans assise vient de s'évanouir, de même les grands palais dont les nuages sont les tours, les temples glorieux et le grand globe lui-même — oui, tous les héritages de la terre se dissoudront, et comme ce spectacle sans réalité que vous venez de voir, ne laisseront pas derrière eux le moindre lambeau de nuage. Nous sommes de l'étoffe dont les rêves sont faits, et notre petite vie s'encercle de sommeil.
Je suis un homme plus coupable envers lui que pécheur. Dans ma tête, je sens quelque chose qui commence. O Regan, Goneril ! Votre vieux père au cœur tendre, qui vous a donné tout... Dieu ! je vais devenir fou. Que les hommes m'abandonnent — je ne veux pas rester en ces lieux. L'air de la nuit me déshabituera du grand confort. Non, je ne pleurerai pas. J'ai de quoi pleurer, ô certes — cette cause forcerait les larmes des pierres. Mais je ne pleurerai pas. Cette nuit saura ce que font les cœurs humains lorsqu'il y a plus de mal que de larmes pour le laver.
Ce qui se passe ensuite dans Lear dépasse la catastrophe. Ce vieux roi, dépouillé de tout, dément sur la lande, découvre ce qu'il n'avait jamais vu en soixante ans de pouvoir : la compassion pour les miséreux, la fraternité avec les pauvres, la reconnaissance de son humanité commune avec les plus humbles. La souffrance lui donne ce que la grandeur lui avait caché.
Shakespeare est le poète de la condition humaine dans toute sa complexité. Son "Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que ta philosophie" est l'avertissement que la Mécanique Universelle prend au sérieux : nous ne prétendons pas tout expliquer. Et la transformation du Roi Lear — dépouillé de tout, il accède à une compassion universelle — est une des descriptions les plus puissantes de ce que nous appelons le chemin vers l'humain accompli : la perte du moi orgueilleux comme condition de l'amour.
Ce n'est pas une utopie. C'est une trajectoire déjà visible, inscrite dans l'histoire depuis le premier primate. Lentement. Imparfaitement. Mais dans une direction.
☀️ Découvrir le fondement